Selon une dépêche de Reuters reprise par Investing.com, l’usine de polysilicium de Wacker à Charleston, dans le Tennessee, pourrait être menacée par les nouvelles mesures commerciales annoncées par Washington début août. Reuters écrit, en s’appuyant sur des sources familières du dossier, que le groupe aurait perdu ses deux derniers clients sur ce site et devrait décider « dans les semaines à venir » de son avenir.
Un premier point est, lui, solidement documenté : les mesures américaines existent bien et leur architecture est confirmée par la Maison Blanche. La proclamation présidentielle du 6 août mentionne un programme de prix minimum à l’importation pour le polysilicium et des droits de douane sur des produits dérivés en aval, dont les lingots, wafers, cellules et modules solaires. Le texte officiel fixe leur entrée en vigueur au 4 décembre 2026.
La fiche d’accompagnement de la Maison Blanche précise l’intention politique de l’exécutif américain. Selon cette source, le prix minimum doit rétablir des conditions de concurrence jugées plus équitables pour les producteurs américains, tandis qu’un droit ad valorem de 15 % sur certains dérivés doit encourager l’implantation d’activités industrielles sur le sol américain. Cette documentation primaire ne cite pas Wacker, mais elle confirme bien les instruments réglementaires invoqués par Reuters.
Là où le dossier devient plus fragile, c’est sur le lien direct entre ces mesures et le risque immédiat pour Charleston. Reuters avance que la politique américaine pourrait produire l’effet inverse de celui affiché par l’administration, en faisant disparaître les derniers débouchés du site. Mais la même dépêche reconnaît ne pas avoir pu confirmer l’identité des deux clients concernés. En l’état des sources fournies, il est donc possible d’établir l’existence des mesures, pas de documenter de manière indépendante la chaîne précise qui mènerait à une fermeture.
Le nombre d’emplois exposés n’est, pour l’instant, étayé que par Reuters, qui évoque environ 600 postes. Aucune source primaire présente dans le dossier, ni document d’entreprise ni texte public, ne permet ici de confirmer ce chiffre. Il s’agit donc d’une estimation attribuée à l’agence, et non d’un fait recoupé.
Autre question décisive : Charleston dépend-il surtout de la filière des semi-conducteurs, comme le suggère l’angle géopolitique de la Maison Blanche, ou du solaire ? Les documents disponibles invitent plutôt à la prudence. Dans son rapport annuel 2025, Wacker explique que son segment Polysilicon a souffert d’un recul des volumes dans le polysilicium de qualité solaire, tandis que le polysilicium hyperpur destiné aux semi-conducteurs a mieux résisté. Ce document éclaire la structure économique du groupe, mais il ne détaille pas la spécialisation exacte du site du Tennessee.
Le rapport annuel 2025 de Corning, maison mère de Hemlock Semiconductor, va dans le même sens sur un point précis : aux États-Unis, le polysilicium est bien un matériau à usage dual. Selon cette source, il sert à la fois les industries solaire et électronique, notamment pour la fabrication de wafers et de puces intégrées. Cela confirme que la filière ne peut pas être réduite aux seuls semi-conducteurs, ni au seul photovoltaïque.
Pris ensemble, ces documents dessinent un paysage plus nuancé que l’opposition entre protection industrielle et fermeture d’usine. D’un côté, la Maison Blanche affirme vouloir sécuriser une chaîne d’approvisionnement stratégique et relancer des capacités nationales. De l’autre, Reuters rapporte qu’un producteur déjà confronté à des pertes de clients pourrait être fragilisé davantage. Entre les deux, le rapport annuel de Wacker rappelle que le marché est aussi perturbé par des surcapacités chinoises et par des tensions commerciales préexistantes.
Il faut aussi signaler une tension de calendrier. Les mesures n’entreraient formellement en vigueur qu’en décembre, selon la proclamation présidentielle. Reuters parle pourtant d’une décision de Wacker attendue beaucoup plus tôt. Sans éléments supplémentaires, on ne peut pas déterminer si ce décalage tient à des réactions anticipées des clients, à des paramètres contractuels, à une dégradation financière déjà engagée, ou à d’autres facteurs non documentés ici.
À ce stade, les faits les mieux établis sont donc les suivants : Washington a bien annoncé de nouvelles restrictions sur le polysilicium et certains produits dérivés ; l’administration les justifie par la sécurité nationale et par la volonté de soutenir une base industrielle américaine ; Wacker décrit dans ses propres documents un segment partagé entre un solaire sous pression et une activité semi-conducteurs mieux orientée. En revanche, la perte effective des deux derniers clients de Charleston, l’imminence d’une fermeture, le niveau exact d’emploi menacé et la spécialisation réelle du site ne sont pas recoupés par plusieurs sources distinctes dans le dossier fourni.

